8 septembre 2022

Et si on rentrait ? *

Quand l’amour nous attend au cœur de nos obscurités. 

 

« Est-ce que j’ai des raisons de m’infliger ça ? »

Une cliente m’a posĂ©e cette question un jour. Et je comprends qu’elle l’ait fait : aller Ă  la rencontre de ses ombres, de ses dossiers douloureux non rĂ©solus, des parts de soi mal-aimĂ©es – mĂŞme les batteries chargĂ©es Ă  bloc et bien accompagnĂ©(e) – ce n’est, a priori, pas le programme le plus excitant qui soit.

Alors pourquoi ?

Nous nous dissocions toujours pour nous protĂ©ger d’un choc, d’un dilemme ou d’une Ă©preuve insurmontable Ă  un instant T. Puis, souvent, nous continuons Ă  vivre sans revenir en arrière, mĂŞme une fois les ressources, qui nous permettraient d’y faire face, revenues. Du coup, ces parts de nous dissociĂ©es restent figĂ©es dans leur souffrance, et nous, nous restons conditionnĂ©s, sans nous en rendre compte, par les modes de protection/survie/rĂ©action mis en place au moment du choc. Nous en gardons les insĂ©curitĂ©s et une distance Ă  soi s’installe, ce qui peut anesthĂ©sier notre plaisir de vivre et notre capacitĂ© Ă  entreprendre et Ă  aimer.
Or, ces parts en souffrance n’attendent que nous, pour être : enfin entendues, souvent consolées, et, dans tous les cas, réintégrées.
L’idĂ©e de revenir sur ces traumas, souvent enfouis, voire oubliĂ©s, rĂ©veille des peurs qui peuvent nous bloquer la perspective de ce que nous allons y trouver de positif. Dans tous les cas, c’est un choix personnel Ă  faire et c’est peut-ĂŞtre lĂ  la complexitĂ© de la dĂ©marche : nous ne nous aimons souvent plus assez pour entreprendre un tel voyage, surtout si nous avons construit un cadre de vie plutĂ´t confortable que nous ne souhaitons – lĂ©gitimement – pas chambouler. Il faut « une bonne raison ».
Moi la première :  j’y suis allée « pour me donner les moyens » de réaliser un rêve que mon âme porte depuis longtemps. Un rêve assez précieux pour tenir bon dans les moments d’adversité, de découragement, de doutes et de larmes. Un rêve soutenu par l’existence de mes enfants et d’un être que je chéris particulièrement.

Le timing avait surpris mon entourage : j’avais dĂ©jĂ  pris un tournant personnel et spirituel dĂ©cisif, il y a quelques annĂ©es, après un raz-de-marĂ©e qui avait fait s’écrouler toutes les structures apparentes de ma vie – famille, mariage, travail – et qui m’avait permis de rĂ©pondre Ă  l’appel chamanique qui me tournait autour depuis 20 ans. DĂ©sormais, je me voyais tisser ce que je croyais ĂŞtre la nouvelle toile, solide, de mon avenir. Jusqu’à un Ă©vènement marquant qui m’a fait sentir, du plus profond de mon corps, que je portais en moi une bombe Ă  retardement qui pouvait tout saboter. J’ai rĂ©alisĂ© que si je voulais me donner une vraie chance, je devais « rĂ©gler ça ». Il y eut donc un autre raz de marĂ©e, qui vint Ă©clairer tout ce que j’avais Ă  savoir pour libĂ©rer les fantĂ´mes du passĂ© qui m’habitaient. Etrangement, ce voyage s’est invitĂ© alors que j’étais en plein parcours d’apprentissage de soins avancĂ©s au sein de la FSS ; j’ai donc pu croiser mes apprentissages avec mes thèmes de recherches personnels et mon expĂ©rience de vie. Cette synchronicitĂ© m’a Ă©galement permis d’être solidement soutenue et guidĂ©e spirituellement durant ce process qui a durĂ© plusieurs annĂ©es.

Avec ma sensibilité chamanique, je vois les parts d’âmes que je restaure. Je les rencontre. Je chemine avec elles, avec leur histoire, leurs cris silencieux, leur désarroi, leurs deuils, leur colère, leurs dilemmes intérieurs, leur honte, leur impuissance, leur culpabilité. Parfois c’est très violent, mais j’ai ainsi très bien matérialisé ce que j’avais laissé derrière moi : les parts meurtries de mon enfant intérieur, les capacités sensorielles étouffées, des fragments de mon cœur, des autorisations « à être… ». Ce face à face sans fard, ces prises de conscience, ces retrouvailles, comment les regretter ?
LĂ  oĂą je pensais retrouver ma capacitĂ© Ă  aimer « un autre » depuis mon cĹ“ur – et non depuis ma loyautĂ©, mes principes et mes obligations – c’est moi que j’ai trouvĂ©e et appris Ă  chĂ©rir.
Il n’y a pas de mots pour cette connexion et complĂ©tude intĂ©rieure retrouvĂ©es, dans mon cĹ“ur, comme dans chaque fibre de mon ĂŞtre. Cela peut paraĂ®tre d’une logique Ă©vidente – de s’aimer d’abord pour pouvoir aimer l’autre – et intellectuellement je le savais depuis longtemps – mais dans mon corps, la rĂ©alitĂ© d’un amour bienveillant (mais sans complaisance), gratuit, sans jugement ni attachement, Ă©tait une toute autre histoire.

Alors « pourquoi s’infliger cette traversée du désert ? » : je vais reprendre un slogan bien connu : « parce que je/vous/nous le valons bien ».

TaĂŻs Roshem

* « Et si on rentrait? » est devenu une proposition d’accompagnement. Plus qu’un stage, c’est un passage qui s’intègre dans la durĂ©e. Il est actuellement proposĂ© en sessions privĂ©es de 2 Ă  3 personnes, Ă  Boulogne Billancourt. Info ici : https://taisworld.net/ateliers-et-stages/et-si-on-rentrait-stage-en-immersion

Rédaction Taïs Roshem, tous droits réservés.